الجمعة 5 رجب 1433

Le Colonel Amirouche : Le moudjahid au service du savoir et de la langue arabe.

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Le Colonel Amirouche :

Le moudjahid au service du savoir et de la langue arabe.

Traduit par Hichem KADI 

Louange à Allah, paix et salut sur son prophète.

Je ne suis certes pas un historien ni un témoin de l’Histoire, mais je fais partie de ses fervents lecteurs. J’aime plonger dans ses voyages, je hâte de connaître ses vérités et cherche à expliquer ses évènements pour en tirer les leçons. Et il est bien connu que l’histoire de notre nation ne manque pas de biographies héroïques et d’accomplissements grandioses. Et j’ai choisi, dans ces pages, de relater ne serait-ce qu’une partie des œuvres de l’un des plus grands moudjahid de cette nation, un des pionniers du djihad grâce auxquels le pays a pu retrouver son indépendance : le Colonel Amirouche Ben Hammouda, qu’Allah lui accorde sa miséricorde. Mes informations proviennent toutes de sources fiables ainsi que de témoignages, dans le but rapprocher l’Histoire aux lecteurs et peut-être ainsi les inciter à retourner aux sources pour s’approfondir davantage dans l’Histoire de notre glorieuse nation.

J’ai spécialement choisi d’écrire sur ce grand héro, d’abord parce que j’ai remarqué que certains cotés de sa vie restaient quasi-inconnus chez la majorité de la nouvelle génération, mais aussi pour défendre l’honneur de ce martyr qui n’a pas échappé aux diffamations des français ainsi qu’aux accusations de ses envieux même un demi siècle après sa mort (si seulement ils l’avaient envié pour le fait qu’il soit martyr…). Je souhaite également mettre en évidence des vérités sur la guerre sainte en Algérie, que beaucoup cherchent à occulter dans le but de falsifier l’Histoire et de propager des principes erronés.

 

Le Colonel Amirouche :  Le moudjahid au service du savoir et de la langue arabe.

 

Tout le monde connaît Amirouche le vaillant dirigeant militaire, le lion du Djurdjura et de la Soummam, qui exténua et éreinta les troupes françaises à maintes reprises, et leur infligea de sinistres pertes humaines et matérielles, mais ils ne connaissent pas Amirouche le serviteur du savoir, des Oulémas et de la langue arabe, ils ne connaissent pas non plus Amirouche l’intellectuel visionnaire, ni les valeurs civiles pour lesquelles il a combattu jusqu’au martyr, qu’Allah lui fasse miséricorde. Et c’est ce coté resplendissant mais hélas méconnu de la vie de ce héro que je cherche à éclairer.

[ Le colonel Amirouche et l’Association des oulèmas

Pour pouvoir se construire une image d’Amirouche, il faut d’abord savoir qu’il était un des activistes de l’antenne parisienne de l’Association des Oulémas, en effet, après avoir appris et adhéré à ses principes, il en devint prédicateur, diffusant ainsi ses publications et assurant la coordination entre ses cellules se trouvant en France, et ce, dès son arrivée à Paris en 1950. Il était à l’époque partisan du MTLD qu’il quitta avant (ou peut être après : Absence de source fiable) son adhésion à l’Association des Oulémas, les versions expliquant son départ divergent mais selon le témoignage du moudjahid Abd El-Hafid Amokrane, ce serait à cause d’un différend qu’il l’opposait à certains membres du parti qui avaient à l’époque adhéré à l’idéologie berbériste. Ces derniers auraient essayé de le convaincre de les rejoindre (vu son origine berbère), mais celui-ci était armé d’une foi et d’une éthique l’empêchant de sombrer dans l’extrémisme ethnique, prôné à l’époque par la France colonialiste dans le but de semer la division entre les musulmans (Diviser pour régner). Cette opposition qui deviendra par la suite une confrontation physique, coûtera à Amirouche une dent cassée à coup de barre de fer. Mais d’après la version du Cheikh Tahar Ait Aldjat, cet incident était dû à l’intégration d’Amirouche dans les rangs des activistes et des militants de l’Association des Oulémas, et qu’après la déclaration de la guerre sainte, Amirouche se serait réconcilié avec son adversaire pour combattre ensemble les envahisseurs croisés.

[Le colonel Amirouche, amateur de la langue du Coran]

Amirouche avait tiré le plus grand avantage de son adhésion à l’Association des Oulémas, ainsi que du contact qu’il entretenait avec ses leaders à Paris tels que Rabie BOUCHAMA, Cheikh Abbas et Cheikh Bestanji. En effet, son intérêt pour la langue arabe ne cessa d’augmenter, il finit même par en donner des cours aux débutants malgré son niveau pas tout à fait confirmé. Mohamed Salah SEDDIK rapporte une parole d’Amirouche qu’il rencontra en Tunisie montrant l’ampleur de son intérêt à la langue arabe : « l’honneur de la langue arabe en Algérie s’est dégradé et avec lui celui de ses habitants, et il est temps qu’elle reprenne sa place méritée dans l’école, l’administration, le tribunal, la rue et dans tous les autres domaines de la vie…, la langue arabe est un des plus grands facteurs responsables de l’union des musulmans, c’est la langue de leur religion, du Coran instituteur de leur culte et de leur culture. L’épanouissement et la propagation de cette langue reposent sur la multiplication des écoles, de la presse et des mosquées. Et comme les colons français avaient réalisé le pouvoir de cette langue pour faire converger les idéologies et les orientations, ainsi que l’efficacité des écoles, des journaux et des mosquées dans la propagation de cette langue, ces envahisseurs ont tout fait pour en priver les algériens, ils leur ont interdit de construire des écoles ou de constituer des journaux, et ont transformé leurs mosquées en églises. Et sans les efforts de l’Association des Ouléma, sous la régie de l’imam Abd El-Hamid Ibn Badis, pour créer quelques écoles et éditer quelques journaux et revues sous les coups de feu de la France, l’Algérie serait aujourd’hui dans une situation bien plus critique ». Mohamed Salah poursuit : « Le colonel a ensuite insisté sur le devoir de tout algérien et algérienne de préserver cette langue qui est celle de leur religion et de leur Coran, et le lien qui les attache au monde musulman. Et quand un des présents lui posa une question sur le rôle des intellectuels arabophones, il dit que celui-ci est honorable et en cita des exemples, certains étaient martyrs, d’autres luttaient encore dans les rangs des moudjahidine et des militants. Amirouche parla longuement du rôle de ceux-ci dans la magistrature, la fatwa et l’éveil de l’esprit révolutionnaire dans les villages et les zones rurales.

En 1958, peu de temps après ces paroles, Amirouche instaura une directive obligeant tous les moudjahidine à pratiquer la prière et les invitant à apprendre la langue arabe, une mission pour laquelle il désigna des instituteurs. Désormais, il était devenu commun de voir le moudjahid dans les montagnes avec à une main son arme et à l’autre un cahier pour ses cours d’arabe.

[Le colonel Amirouche glorifiant le rôle des medersas]

Nous avons vu clairement à travers les paroles citées d’Amirouche sa glorification du rôle des écoles de l’Association des Ouléma dans la préservation de la langue arabe qui est l’un des piliers soutenant l’identité algérienne, et c’est avec autant d’admiration qu’on le verra louer leur rôle dans l’éveil de l’esprit militant, et leur influence sur le succès de l’appel au djihad du 1er novembre, Amirouche, en effet, était au début de la guerre chargé de l’appel au djihad dans la petite Kabylie, et il avait trouvé dans la citadelle de Beni Abbas la conscience d’esprit qu’il n’avait pas trouvé dans d’autres villes ou villages, il envoya à cet effet une lettre au cheikh Mohamed Salah Ben Atik, un savant qui faisait partie des instituteurs de l’école de la citadelle avant la révolution, dans laquelle il faisait allusion au travail effectué par Cheikh Ben Atik, ainsi qu’à l’esprit patriotique frappant chez les habitants de la citadelle en général et un peu plus chez les élèves de la medersa : « Arrivant à la citadelle, j’ai trouvé des gens fin prêts à rejoindre les moudjahidine pour la guerre de libération, une guerre pour laquelle ils seraient honorés de sacrifier leurs vies et tous ce qu’ils possèdent…Si seulement on avait répandu ces écoles sur tout le territoire national, on serait débarrassés de beaucoup de problèmes qui entravent notre chemin aujourd’hui ».

[La confiance d’Amirouche en les Ouléma]

Montrer une grande confiance aux Ouléma et étudiants de la Charia, les glorifier et les consulter régulièrement, étaient des éléments très visibles de la personnalité d’Amirouche, parmi ces ouléma : Tahar Ait Aldjat, Arezki Ketali, les frères Said et Si Tayeb Boudaoud, Cherif Oussahnoun…et bien d’autres. Aussi, exprimait-il beaucoup de respect envers les gens qui s’appliquaient à la servitude du Coran, ainsi que les étudiants des zaouïas consacrées à l’apprentissage du Coran.

Au cours d’un entretien personnel avec Cheikh Tahar Ait Aldjat, celui-ci m’affirma : « Il avait une confiance absolue en les Ouléma », ce que confirment les écrits de Mohamed Salah Seddik : « …et je rapporte à l’Histoire que l’ayant interrogé sur les hommes de la religion et de la culture arabe dans la troisième wilaya, et sur leur position face à la révolution, il magnifia celle-ci et reconnu leur militantisme, il m’interrogea ensuite sur deux d’entre eux : Cheikh Tahar Ait Aldjat et Cheikh Arezki Aït Chebana, et quand je lui répondit que je les connaissait il me dit : ce sont des exemples de rigueur et de vitalité, si tu les vois tu leur donne moins de trente ans d’âge ! ».

Amirouche avait également coutume de se fier, pour les fatwas, aux Ouléma qu’il connaissait dont Tahar Ait Aldjat avant de l’envoyer en Tunisie.

Et lorsqu’un jour le responsable des HABOUS M’hand Tahar Mouassi et son ami Abou Abdessalam firent une remarque à Amirouche sur la nature des tribunaux de l’armée de libération et leurs pratiques, il leur répondit : « Etant donné que les imams connaissent mieux que quiconque les lois de la Charia, il est impératif que ceux-ci aient leur statut dans la magistrature de l’armée de libération. De ce fait, il vous suffit de nous faire parvenir vos suggestions que je m’engage à exécuter ». Dans cette nuit même, les deux imams établirent un agenda tournant autour des points suivants :

- L’interdiction d’exécuter tout accusé avant qu’il n’ait été jugé par un tribunal légal.

- La révision de la composition de tout tribunal en y introduisant un membre représentant des HABOUS qui posséderait désormais pleins pouvoirs.

- L’obligation à tous les moudjahidine de pratiquer la prière.

Aussitôt, Amirouche émit une instruction à toutes les régions leur demandant d’appliquer les directives de l’agenda. Djoudi Atoumi dira, en parlant des tribunaux après cette instruction : « Le représentant des HABOUS possède au moins l’influence si ce n’est le dernier mot ».

Amirouche glorifiait tellement les gens du savoir qu’il exigea aux responsables de l’organisation de déléguer la supervision des cellules, villages et communes aux instituteurs non encore inscrits dans les rangs de l’armée de libération. Et à ce propos, il dit une fois : « La mission de ces instituteurs est très dangereuse, elle est plus grande que celle du combattant au fin fond du maquis, leur culture est le véritable grade dépassant mon statut militaire de colonel ».

[Les correspondances d’Amirouche avec les oulèmas

Comme nous l’avions mentionné, le colonel Amirouche consultait toujours les Ouléma sur les questions d’ordre religieux, ainsi que sur les décisions et initiatives qu’il devait prendre. Parmi ces Ouléma il y avait :

- Cheikh Laarbi Tbessi après son départ à Alger en 1956, celui-ci transféra même à Amirouche de l’argent et des machines pour l’écriture, l’impression et le tirage. Et quand Amirouche lui demanda un jour de lui rédiger des recommandations qu’il pourrait suivre pour le djihad, il lui envoya le Coran en petit format avec un émissaire à qui il dit : « transmets lui mes salutations, mes prières pour lui et ma grande satisfaction de leur djihad et leur triomphe, et dit lui que ce noble Coran est ma seule recommandation ».

- Rabie Bouchama, un élève de Ben Badis, avec lequel le colonel entretenait une bonne relation grâce à la cellule de Paris où Amirouche était son élève entre 1952 et 1953. Cette relation perdura pendant la guerre où Rabie était un moudjahid travaillant dans le secret. Il faisait l’intermédiaire entre Amirouche et cheikh Laarbi Tbessi, et entretenait avec Amirouche une correspondance intense, d’ailleurs il fut conseillé de détruire ces lettres mais il n’en a jamais eu le courage, jusqu’au jour où elles furent découvertes chez lui, il en fut exécuté sans même être jugé.

- Cheikh Mohamed Salah Ben Atik dont on avait publié une partie d’une lettre que lui avait écrit Amirouche à l’époque où il se trouvait à Blida.

- Mohamed Salah Seddik, l’auteur de « Makassid Al-Cor’an ». Même en plein champ de bataille, Amirouche demandait avec insistance de ses nouvelles et lui faisait parvenir ses salutations avec ses soldats lorsqu’ils se déplaçaient vers la région où il se trouvait, chose qui fit croire à ces militants que les deux se connaissaient bien avant la guerre, mais en réalité Amirouche entendait seulement parler de lui, leur première rencontre fut en 1957 en Tunisie, Amirouche y était en mission, quant à Mohamed Salah, il s’y était déplacé après avoir fondé le journal « Al-Moukaouama » (la résistance), et ce fut Amirouche qui chercha Mohamed Seddik et demanda sa rencontre.

[Le colonel Amirouche et le secteur de l’enseignement]

Amirouche attachait une grande importance à l’enseignement, une qualité héritée sans doute du mouvement réformiste dirigé par l’Imam Abd El-Hamid Ben Badis et dont l’enseignement constituait le pilier principal. En effet, en plein cœur de la bataille et à l’ombre du siège militaire, Amirouche pensait déjà à l’Algérie d’après l’indépendance, il était confiant quant au soutien d’Allah aux moudjahidine. De plus, ses compagnons avaient aperçu divers miracles confirmant l’assistance du seigneur aux moudjahidine. Un jour, Amirouche avait même offert une montre à Mohamed Salah Seddik pour « compter les jours restant à l’occupation » qui n’étaient plus très nombreux selon lui. Et c’est pour cela que tout en organisant la troisième région militairement, il avait en-tête l’idée de former les cadres de l’avenir. Il structura pour cela le secteur de l’enseignement de sa région qui s’allongeait jusqu’à Boussaada au sud, et de Thenia et Delles à l’ouest jusqu’à Sétif et El-Bordj à l’est. Il consacra pour cette grande mission un budget de taille et fit appel aux hommes des HABOUS qui ne lésinèrent point sur les efforts sur le terrain. Ce n’est pas pour rien qu’Amirouche attachait une importance particulière au secteur des HABOUS, un service qui prenait en charge l’enseignement, la fatwa, la magistrature en plus de la gestion des HABOUS à savoir : mosquées, zaouïas et écoles coraniques. Amirouche intervenait personnellement pour trouver les cadres de la charia aptes pour gérer ce secteur, parmi ses recrues au niveau de la wilaya, il y avait Abd El-Hafid Amokrane et Ahmed Kadri, tous deux formés dans les zaouïas locales.

Cheikh Tahar Ait Aldjat témoigne, lui, avoir été chargé en 1955 de créer des zaouïas dans les villages voisins de Tamokra pour y enseigner le coran et la langue arabe, et pour y éveiller la conscience des gens et les inciter à lutter pour la libération. Il affirme également qu’Amirouche consacra une enveloppe pour la restauration de la zaouïa de Tamokra et autres zaouïas.

« Vous êtes la génération de demain… », dira le colonel lors d’un discours prononcé devant les étudiants de la zaouia d’Abou Daoud, « …c’est vous qui aurez en charge d’éduquer les générations de l’indépendance et qui serez les cadres de l’Algérie libre. En effectuant vos études à cette école, vous accomplissez le même combat que celui des moudjahidine, c’est cette façon à vous de lutter qui nous rassure sur l’avenir du pays. N’oubliez pas que la guerre sera longue et pénible, soyez donc prêts à prendre le flambeau si on a besoin de vous au maquis, mais d’ici là concentrez vous sur vos études et travaillez dur ».

[Le colonel Amirouche et les délégations scientifiques]

Ne se contentant pas de parrainer le secteur éducatif à l’intérieur du pays, le colonel envoyait également des étudiants en Tunisie qui partaient ensuite vers d’autres pays arabes tels que la Libye, l’Egypte, la Jordanie, l’Irak, l’Arabie Saoudite et autres pays amis. Il envoyait les jeunes qui avaient acquis les notions élémentaires du savoir dans les zaouïas comme celle de Abderrahmane Liellouli et de Tamokra, et dans les medersas de l’association des Ouléma et autres écoles libres éparpillées dans la troisième région.

Il chargea, pour cette mission, les cheikhs Arezki Ait Chebana et Mohamed Tahar Ait Aldjat ainsi que monsieur Said Ben Ghanem de rendre en Tunisie pour accueillir ces étudiants, les prendre en charge, les instruire et les orienter vers les spécialités qui leur conviennent. Il y avait à Tunis deux centres pour accueillir ces étudiants dont le nombre dépassait les trois cent selon certains témoignages et, à qui il consacrait un budget spécial, à titre d’exemple, il leur envoya en août 1958 la somme de trois millions de franc ancien. Il ne manquait pas également de leur envoyer des lettres leur rappelant leur devoir et l’objectif pour lequel ils ont été envoyés à ces pays, tout comme il leur faisait des discours avant leur départ dans lesquels il disait : « Je vous envoie en Tunisie pour y acquérir une formation qui vous permettra de servir la patrie après l’indépendance. Ne revenez qu’avec des diplômes, c’est ce dont nous avons le plus besoin ».

D’après Abdelhafid Amokrane, Amirouche aurait commencé cette opération en émettant une instruction à toutes les communes de la troisième région leur commandant de rassembler les étudiants dans certains centres pour ensuite les envoyer selon leurs prédispositions dans des instituts en Tunisie, en Egypte, en Syrie, en Irak et en Arabie Saoudite pour y accomplir une formation militaire, littéraire ou en sciences humaines, et par la suite rejoindre les différentes structures de la révolution. La troisième région était vraiment une pionnière en la matière, et beaucoup de ces diplômés se verront attribués différents postes importants après l’indépendance, une action aussi réfléchie nous montre le coté visionnaire d’Amirouche, pensant à l’Algérie d’après l’indépendance, il savait pertinemment que la guerre coûterait au peuple un grand sacrifice qui n’épargnerait pas l’élite cultivée.

Amirouche continua ainsi à se soucier de ces étudiants jusqu’à la fin de sa vie, c’est pour cela qu’il emporta avec lui au gouvernement provisoire les revendications se rapportant aux délégations scientifiques. Le 02 Mars 1959, le Conseil de Wilaya demandera l’attribution d’une aide financière régulière aux étudiants algériens se trouvant à l’étranger. Ceux-ci manquaient de l’encadrement et des moyens suffisants qui leur permettraient d’avoir une vie décente, tandis que le budget de la troisième région devenait insuffisant. ( Le Conseil de Wilaya se réunit à titre exceptionnel, Amirouche, lui, se réunira avec le reste des représentants des wilayas, c’est ce qu’on appellera la réunion des quatre colonels, qui décideront de faire parvenir l’ensemble de leurs revendications à Tunis, hélas, les colonels Amirouche et Si L’haouas tomberont tous deux en martyr sur le chemin. Qu’Allah leur fasse miséricorde.)

[Le respect d’Amirouche pour tous les instruits]

Amirouche respectait non seulement les cultivés arabophones mais également les gens ayant reçu une instruction francophone, il les rapprochait de lui et les mettait sur le piédestal peu importe leur age, à tel point que les anciens moudjahidine jalousaient les jeunes recrus d’après le 19 mai 1956 pour les grades qu’ils avaient. Ce qui dément les accusations à tort de certains envieux prétendant qu’Amirouche détestait les cultivés au point de les exécuter sans raison. (Le 19 juin 1956 est la date où les étudiants des écoles françaises rejoignent massivement le djihad, quant à ceux des medersas de l’Association des Ouléma et ceux des zaouïas, ils avaient déjà pris de l’avance seuls ou en groupes, dès la première étincelle de la guerre sainte. D’ailleurs, le tout premier martyr, Kassem Zitoun, n’est autre qu’un diplômé de l’institut Ibn Badis. Tué le 2 novembre 1954 après avoir été torturé, son corps sera jeté au port d’Alger).

[ Le djihad pour les valeurs est le plus grand djihad ]

Notre colonel savait que la nation s’était trop éloignée de ses valeurs fondamentales, c’est pour cela qu’il avait la conviction que la lutte pour les valeurs était le grand djihad qui attendait la nation après l’indépendance. Un jour, lorsqu’il faisait ses adieux au Cheikh Mohamed Salah Seddik en Tunisie, il sortit une montre de sa poche, et généreux comme il était, il la régla sur la sienne et la lui offrit en lui disant : « prends-la pour compter le peu de jours qui restent au colonialisme en Algérie. Après l’indépendance, nous mèneront un autre combat pour nos valeurs, notre Islam et notre langue arabe, ce combat sera, lui, le grand djihad ».

Ces quelques mots dévoilent une face bien méconnue de la vie du colonel Amirouche, celle d’un musulman passionné de science, des Ouléma et de la langue arabe, langue du Coran et de la religion musulmane…

Voici, maintenant, en complément quelques extraits du livre de Djoudi Atoumi, le combattant qui vécut un bon bout de temps aux cotés d’Amirouche dans la troisième wilaya : « Il est évident qu’il oeuvrait pour que la religion ait un statut important chez les moudjahidine », « Il aimait s’approfondir dans les sujets touchant la Charia », « C’était un pieu conservateur, très respectueux des valeurs de l’Islam qu’il faisait suivre à tous les moudjahidine », il a été rapporté que les nouveaux adhérents d’avant 1956 prêtaient serment devant Amirouche en disant : « Je jure sur le saint coran de combattre jusqu’au triomphe ou jusqu’à la mort ». Amirouche avait tellement une réputation de pratiquant chevronné que certains l’appelaient Omar Ibn EL-Khattab, il a même été dit qu’il imposait aux moudjahidine de connaître toutes les lois islamiques concernant le djihad.

[ Le décès du colonel Amirouche ]

Amirouche tomba en martyr sous les bombardements le 29 mars 1959 en compagnie de Si L’haouas en route vers la Tunisie, et ce, au niveau de la montagne Thamer près de Boussaada, une trahison dont l’origine reste incertaine. Mort le Coran en poche et le souci de la langue arabe et de l’Islam dans le cœur, il emporta avec lui les revendications concernant non seulement le djihad à l’intérieur du pays, mais aussi les étudiants algériens à l’étranger.

Je prie Allah de faire en sorte que ses paroles nous soient à tous utiles, et qu’elles puissent « ouvrir l’appétit » des chercheurs, notamment, les spécialistes en Histoire pour qu’ils puissent mettre davantage la lumière sur ces cotés de l’Histoire qui servent pleinement les causes contemporaines de la nation, surtout si on prends en compte toutes les campagnes diffamatoires menées contre les symboles du djihad, ainsi que les multiples falsifications apportées à l’Histoire.

Et le sceau de nos invocations est : Louange à Allah Seigneur de l’univers.

 

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